La viole de gambe

«... la Voix humaine... jamais Instrument n'en a aproché de plus prés que la Viole...» Jean Rousseau, Traité de la viole, 1687.

La viole de gambe est un instrument de musique à cordes frottées qui connut son apogée aux XVIIe et XVIIIe siècles en Europe. La viole n'est pas l'ancêtre du violoncelle, mais appartient à une tout autre famille, celle des viola da gamba, c'est-à-dire que l'on tient entre les jambes. Le violoncelle, lui, tout comme le violon, appartient à la famille des viola da braccia, violes que l'on tient dans les bras (sauf le violoncelle et la contrebasse, qui sont évidemment trop gros).

Contrairement à son cousin le violon, qui commença sa carrière dans les rues pour amuser et faire danser le peuple, la viole fut l'instrument des aristocrates. En Angleterre, chaque bonne famille se devait de posséder une famille de violes (dessus, taille et basse) et l'on passait de longues heures à jouer de la musique pour consort (ensemble de violes) ou à improviser sur un thème des variations à qui les plus virtuoses.

En France, Louis XIV avait à sa cour nul autre que le célèbre violiste Marin Marais, qui composa plus de cinq cents pièces pour viole ainsi que de la musique de chambre et des opéras. Son professeur était le mystérieux Monsieur de Sainte-Colombe, et ces deux violistes font l'objet du film Tous les matins du monde qui fut acclamé par la critique à travers le monde pour la beauté de sa musique.

Instrument de prédilection à la cour aux XVIIe et XVIIIe siècles, la viole fut détrônée par la famille des violons à la fin du XVIIIe siècle. Ce bouleversement coïncide avec la Révolution française, la déchéance de l'aristocratie et l'avènement de la bourgeoisie.

La viole de gambe a reconquis le public actuel par la beauté de sa musique et son atmosphère intimiste qui semblent répondre à un besoin chez l'homme du XXe siècle. Cette musique nous charme tour à tour par son raffinement, son dépouillement, ses harmonies recherchées, parfois osées, et sa fraîcheur.